Playa Cabuyal : sauver les tortues sur la côte Pacifique

tortue bebe coucher de soleil.jpg(Read the english article here)

Sauver les tortues, vous en rêvez? Je l’ai fait. (Merci Juliette, merci Javi!) En février 2018, j’ai eu la chance de travailler pendant 6 semaines comme volontaire aux côtés des biologistes de la fondation Leatherback Trust. 

Un projet de recherche et de protection des tortues marines

Le Leatherback Trust est une ONG américaine (organisation à but non lucratif) qui surveille et protège 2 plages de la côte Pacifique au Costa Rica: Playa Grande (à côté de Tamarindo, célèbre spot de surf) et Playa Cabuyal (au nord du Costa Rica, tout près de la frontière avec le Nicaragua).

A Cabuyal, tous les ans de octobre à mars, une équipe de professionnels et d’étudiants biologistes se relaient sur le terrain pour étudier la population des tortues marines et assurer leur survie.

Les biologistes et les volontaires venus des quatre coins du monde vivent et travaillent ensemble, formant une joyeuse « auberge espagnole » scientifique. Ils patrouillent la plage toutes les nuits, et partagent les repas, jeux et tâches ménagères, tout en développant un vocabulaire bien à eux. « Chupalame. Tramposo. Boluuuuuda! »

Cabuyal Crew_ok

On arrive au campement Cabuyal par une route de terre et de pierres. C’est un miracle que les pneus du pick-up survivent à chaque trajet. Le camp de tôle et de toile est perdu dans la forêt tropicale sèche. Il fait une chaleur écrasante. Ici il n’y a ni frigo, ni téléphone, ni internet. 

Les fils à linge sont plein de serviettes, de maillots et d’habits propres ou sales. Les sacs à dos pendent ouverts. Les palmes, tongs et baskets sont alignées sous le auvent. Le couloir est une grande fresque animalière peinte à la main. Des échantillons de sable et de peau de tortues sont soigneusement étiquetés dans des récipients en plastique. Dans la bibliothèque de livres partagés on trouve sans surprise l’Origine des espèces de Darwin. 

Des scientifiques sur le terrain

Le camp accueille des étudiants en biologie qui mènent des sujets de recherche pour leur thèse ou leur master. Venus des Etats-Unis, d’Argentine, d’Espagne et du Costa Rica, ils enquêtent sur des problématiques spécifiques et complémentaires.

Kelcy relève la température et la granulométrie du sable dans les nids. Mica prélève des échantillons de peau de tortues pour établir la nature de leur régime alimentaire. Adam mappe la mangrove à coup d’orthophotographies en drone ou en canoë, et truffe la forêt de caméras pour prendre en photo la faune locale. Keilor établit un relevé complet des espèces marines habitant l’estuaire. 

Toutes ces données, ainsi que le nombre de tortues venues pondre, le nombre d’oeufs éclos et la répartition des nids sur la plage, sont consignées dans les cases de carnets de bord waterproof ou dans des fichiers excel d’ordinateurs tout-terrain.

J’observe du vrai travail de terrain: des scientifiques au contact quotidien de l’environnement et des animaux qu’ils étudient. Même par une nuit sans lune, la plage n’a plus aucun secret pour eux.

Enquêter sur la nature demande patience et abnégation. Les patrouilles sont longues et on ne voit parfois aucune tortue. Certaines tortues mettent des heures à pondre et d’autres font de fausses sorties. Nos corps sont là, tous proches des leurs. Nous sommes au tempo de la plage, comme des mouvements de respirations des tortues. C’est une forme de savoir qui combine le sensible et le scientifique, le quotidien et la statistique.

Je rêve de camps d’architectes, paysagistes ou urbanistes qui s’installeraient sur le terrain qu’ils vont transformer.

Ils resteraient un mois ou deux sur place à étudier l’environnement réel avant de projeter quoi que ce soit. Aujourd’hui en agence, on utilise trop souvent des vues Google Map ou Google Earth. N’ayant pas le temps, les moyens ou la curiosité d’aller sur place, on conçoit hors sol.

Une journée type

Je vis au rythme des journées Cabuyennes. Les matins sont lents et silencieux. On lit et petit-déjeune en chuchotant. J’aime ce moment suspendu. Personne ne parle jusqu’à ce que les derniers couchés soient debouts. Puis arrive l’heure du déjeuner, à midi précise. Deux personnes désignées cuisinent. Les autres attendent dans les hamacs. Au menu, et en combinaisons savantes et inattendues: lentilles, pois chiches, pâtes, riz ou beans. Faut que ça tienne au corps (et que ça se conserve sans frigo!)

repas cabuyal

Le tableau blanc est un élément central de la vie du camp. Il distribue jour par jour les différentes tâches à réaliser: fabrication des repas, patrouilles nocturnes et excavations des nids. 

L’après-midi on va à la plage, située à une demie-heure de marche du camp. On excave les nids qui ont éclos pour vérifier qu’il n’y ait pas de bébés retardataires coincés dedans, et compter le nombre de coquilles vides pour établir des statistiques.

De retour au camp, le diner est servi à 18h. Chaque repas est systématiquement suivi de 3 parties rituelles de dominos. Elles permettent de désigner qui lavera la vaisselle, qui l’essuiera et qui sortira la poubelle organique. Aux alentours de 19h30, la première équipe se prépare à aller à la plage pour effectuer la première patrouille, tandis que les autres vont se coucher. Il fait nuit noire, les yeux des araignées brillent par milliers.

On remplit sa gourde. On enfile pantalon, baskets et lampes frontales. On fourre dans le sac à dos matériel scientifique, couvertures et snacks. La première équipe patrouille la plage de 20h à minuit. La seconde patrouille prend son relai de minuit à 4h du matin. A 5h, la dernière équipe se réveille et fait grincer une dernière fois les lits superposés. C’est l’heure du « morning walk », on va regarder le soleil se lever sur la plage et clore la nuit.

Maintenant que vous avez vécu l’expérience virtuelle, allez sur le terrain. Ils ont besoin de vous! C’est un endroit unique, et les gens qui y travaillent sont géniaux 🙂

Infos pratiques:

Pour candidater en tant que volontaire, contacter: bibi@leatherback.org 

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Plus:

> Mon article: « Une patrouille de nuit Playa Cabuyal »

> Mon article: « Un mois sans internet, frigo ni téléphone » 

> Candidater en tant que voluntaire à Playa Cabuyal avec le Leatherback Trust 

> Candidater en tant que chercheur à Playa Cabuyal avec le Leatherback Trust 

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