Manifeste

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1. Apprendre des terrains

Ce blog est un nouveau départ après des années de vie parisienne qui m’avaient rincées. Un espace pour observer et s’immerger. Un ralentissement programmé pour explorer des modes de vies alternatifs et imaginer comment aménager nos environnements tout en les régénérant.

Au-delà de leur dimension esthétique et culturelle, les paysages détiennent des savoirs qu’il est urgent de réapprendre et de ressentir. Internet et les livres ne savent pas tout. Notre intelligence habite un corps sensible. Le simple fait d’être totalement connectée à un environnement – un climat, des plantes, des animaux- est un apprentissage en soi. 

Chaque écosystème est un miracle d’ingénierie biologique dont nous commençons à peine à décoder la subtilité (en témoignent les récentes découvertes sur les réseaux de communication entre les arbres, les champignons, etc). Un écosystème en bonne santé pratique naturellement la coopération, le partage, l’entraide, la diversité. Une liste de valeurs très prisée par les recruteurs et les éducateurs du moment. 

« Apprendre des paysages » signifie donc apprendre en étant à leur contact, autant qu’apprendre de leurs processus. C’est aussi un hommage à la démarche de Robert Venturi & Denise Scott Brown (en photo ci-dessous), deux architectes américains qui entreprirent dans les années 1970 d’étudier Las Vegas comme un paysage dont tirer des leçons pour l’avenir…

Du « too-much-is-never-enough » à la jungle costa ricaine, le grand écart est pleinement assumé. 

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2. Mettre le design au service du vivant

La nature est la première et la plus vaste des fabriques. Les écosystèmes savent produire sans détruire. Ils constituent une industrie intrinsèquement durable. A l’inverse de l’industrie développée sous la révolution industrielle et rendue folle par l’économie capitaliste. 

« Si le design est plutôt une incitation à consommer, alors nous devons rejeter le design ; si l’architecture sert plutôt à codifier le modèle bourgeois de société et de propriété, alors nous devons rejeter l’architecture ; si l’architecture et l’urbanisme sont plutôt la formalisation des divisions sociales injustes actuelles, alors nous devons rejeter l’urbanisation et ses villes… Jusqu’à ce que tout acte de design ait pour but de rencontrer les besoins primordiaux. D’ici là, le design doit disparaître. Nous pouvons vivre sans architecture. » – Adolfo Natalini, Superstudio, 1971

Dès les années 1970, les Radicaux Italiens de Superstudio insistent sur le fait que le design (au sens large de conception d’artefacts) est né pour répondre aux besoins primordiaux de l’humanité. Leur critique porte sur l’emballement général de la société de consommation qui utilise le design pour écouler des marchandises à l’infini. De simple production industrielle, nous sommes passés à une sur-production organisée, puis à un gaspillage massif. Et avons perdu de vue que le design pouvait – et devait ! – créer des artefacts respectueux de la planète et des humains. 

Aujourd’hui, même indirectement, une trop grande partie du design contribue à l’épuisement des ressources naturelles, à l’extermination de la biodiversité et à la contamination de l’eau, de l’air et des organismes via des produits chimiques et polluants…

« Instead of doing less damage to the environment, it is necessary to learn how we can participate with the environment — using the health of ecological systems as a basis for design. » – Bill Reed, « Shifting from ‘sustainability’ to regeneration », 2007

Les écosystèmes renferment des savoirs ancestraux sur les équilibres, les cycles et les synergies, dont le design doit apprendre. Les lois qui régissent le vivant sont des principes de conception sur lesquels baser une production d’artefacts durables. Parmi ces lois : La nature ne gâche rien. Mieux, elle recycle automatiquement tout dans une dynamique vertueuse. Un fruit va nourrir un animal ou un homme, puis ses déchets nourriront la terre en vue de produire de nouveaux fruits. Mais aussi : Les écosystèmes s’équilibrent naturellement. La variété de leurs espèces fait leur force, leurs échanges garantissent la survie de chacun, et leur cohabitation ne rime pas avec compétition mais avec coopération. 

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3. Imaginer l’après capitalisme

Pendant mes études en design, j’étais fascinée par la prospective, je voulais être de ceux qui inventeraient le futur… Après avoir passé 7 ans à travailler non-stop derrière un ordinateur, j’ai décidé de partir au Costa Rica à la recherche d’apprentissages concrets. Je voulais découvrir des alternatives opérantes et réjouissantes.

J’ai travaillé 6 mois (dehors et au soleil, enfin !) comme volontaire dans des projets de régénération d’écosystèmes. Chacune de ces initiatives est la preuve tangible que nous pouvons concilier préservation de la biodiversité, aménagements humains et modes de vie autosuffisants. Les lieux de production (de matériaux, de nourriture ou d’énergie) peuvent devenir des lieux de régénération (des sols, des habitats naturels, de la santé humaine…) Les savoirs sont là : permaculture, re-wilding, agro-écologie, co-living, biologie de synthèse, upcycling. Il s’agit de les combiner de manière inédite pour donner forme à des futurs souhaitables.

La nature n’est pas soluble dans le capitalisme. Ou comme le dit Bernard Stiegler, le vivant ne peut pas être continuellement soumis au calcul et au profit.

La sobriété heureuse que nous pouvons construire sera basée sur un vivre-ensemble inter-générationnel et inter-espèces. Nous allons devoir apprendre de nouvelles compétences et partager nos savoir-faire.

C’est de ce constat qu’est né Intercambiamos, un lieu qui invite à échanger des talents plutôt que de l’argent situé à Puerto Jimenez. Il a été fondé par Allison, une ancienne avocate new-yorkaise repartie à zéro. Allison sait guérir et écouter, et bientôt faire du fromage de chèvre! Elle cherche des gens qui savent planter, peindre et construire pour faire grandir son projet:

« L’objectif est de disposer d’un espace pour partager des compétences concrètes tous ensemble. De sorte à ce que nous puissions envisager la chute du capitalisme avec confiance et entrain. Au lieu de se dire: « c’est horrible, tout ce que je sais faire c’est écrire des tweets sur des communiqués de presse qui décrivent quelqu’un parlant d’un évènement quelconque. » On pourrait plutôt se dire: « ok, je sais comment faire du pain / faire des teintures végétales / construire un meuble / pomper de l’eau d’une source pour ma maison. » Vous voyez? Et aussi juste pour offrir un lieu où la beauté et l’harmonie nous rappellent l’état naturel des choses. » – Allison

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Les articles qui m’inspirent:

« Migrer : une condition d’existence du vivant » –  Texte écrit par un jardinier, un philosophe, un généticien, un agronome et un politologue

-« On a 20 ans pour changer le monde » – On peut être pessimiste dans le constat ET optimiste dans l’action

« Why we need regenerative cultures » – Mieux que protéger l’environnement, le régénérer

« Loos in transition » – D’une ville minière à un exemple de réussite écologique et sociale

« Terre! Terre! » – L’horizon commun des gilets jaunes

Plus:

-La liste (toujours in-progress) des projets que je visite et documente 

-Le livre « Rambouctious Garden, Saving Nature in a Post-Wild World »d’Emma Marris, Bloomsbury, 2013 

-Le livre « L’évènement Anthropocène. La Terre, l’histoire et nous », de Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, Seuil, 2013 

-L’interview de Bernard Stiegler sur le concept de « néguentropie »: pour comprendre où nous en sommes aujourd’hui, et ce que nous pouvons faire

-Le documentaire “The Century of the Self”  sur l’histoire de l’ingénierie des désirs de masse et l’incroyable influence du neveu de Sigmund Freud sur la société de consommation (produit par la BBC et accessible gratuitement sur Youtube) 

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