Intercambiamos: une économie du changement et de l’échange

Bonjour Allison,

Je tenais à te remercier du fond du coeur de m’avoir accueillie au Costa Rica dans ton sanctuaire au milieu de la jungle. Ce lieu que tu as créé près de Puerto Jimenez s’appelle Intercambiamos. Je suis très admirative de ton parcours et de ta détermination. Je me ravis que d’autres personnes puissent découvrir ici tes idées, ton chemin et ta philosophie.

On t’écoute 🙂

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(Read in English)

Qui es-tu ?

J’ai une histoire assez folle. J’étais avocate à New York, et les premières vacances que j’ai prises loin de cet environnement stressant étaient en Colombie. J’ai passé quelque temps dans la jungle du Choco, au bord de l’océan Pacifique avec des baleines et des jaguars. C’était un hasard complet -mais finalement tout est un hasard ; on avait trouvé notre logement sur AirBnB. Il était tenu par deux étonnantes femmes très spirituelles, qui avaient appris à vivre de manière intime avec la terre. Il ne m’a fallu que 3 trois jours là-bas pour sentir que quelque chose se remettait en place dans mon corps.

Les deux années précédentes, j’avais eu des infections récurrentes. J’avais consulté différents docteurs et essayé toutes sortes de choses. J’étais un peu inquiète d’être dans la jungle car c’est très humide et on mangeait beaucoup de fruits tropicaux : le cocktail idéal pour ce genre d’infections… Mais là-bas quelque chose a cliqué, et les infections ont complètement stoppées. C’était comme si on avait appuyé sur un bouton à l’intérieur de moi. Entourée de ces femmes et plongée dans cet environnement, je sentais que des changements nécessaires étaient en train d’opérer.

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Qu’est-ce qui t’as décidée à quitter ton travail ? 

Le voyage arrivait à sa fin, et une voix à l’intérieur me disait: «quitte ton travail ; fais-le maintenant. » Et je n’étais pas du tout le genre de personne à quitter son boulot, ou à tout plaquer sur un coup de tête. 

J’étais ce genre de personne qui termine ses études de droit, ce genre de personne qui a déjà un emploi bien prévu à l’avance. 

Mais dans cet environnement, ce travail me gênait.  Il ne me plaisait pas, il ne me ressemblait pas, il m’étouffait plus qu’il ne me rendait vivante. Entourée de toute cette vie, tout cela n’avait plus aucun sens. Et puis cette voix m’a dit : démissionne. Et bien que je n’avais absolument jamais rêvé de faire cela avant, j’avais confiance en cette voix si chaleureuse et si sûre d’elle. Je suis rentrée à NYC un dimanche, trépignant d’impatience d’être au lendemain pour appeler mon boss et lui donner ma démission, qui serait effective deux semaines plus tard. 

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Qu’est-ce que tu as fait après ça ?

Je suis entrée dans une nouvelle dimension de mon existence. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Cette voix, qui paraissait si fiable et si stable, me conduisait hors du seul chemin que je connaissais. Pourtant j’étais en meilleure santé, j’étais plus heureuse, je rayonnais. Mes amis me regardaient bizarrement. Personne ne comprenait ce qui se passait. Je passais mon temps à marcher, à essayer d’entendre davantage cette voix. J’aimais l’idée d’être guidée de façon aussi profonde et réconfortante. 

Je faisais de longues promenades sans but précis, en essayant d’éteindre la partie de mon cerveau qui « dirige » pour laisser mon corps choisir seul où aller. Je travaillais le muscle d’un nouveau type d’écoute. Mon esprit lui évidemment paniquait à l’idée de ne pas avoir de travail, et de n’avoir aucune réponse logique à pourquoi je n’en avais pas. Je continuais de postuler à des boulots, j’allais aux entretiens, mais chaque fois mes tripes me disaient de refuser. Et il me semblait extrêmement important de les écouter à ce moment là. 

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Quelle a été ta plus grande découverte ? 

Après avoir un peu erré et appris mieux à naviguer avec cette nouvelle voix, j’ai cherché de l’aide autour de moi pour savoir quoi faire. Je suis allée voir quelqu’un en qui j’avais toute confiance, et dont je me reconnaissais dans les paroles et les actes. Je me suis assise et j’ai écouté. Cette personne m’a dit que la voix que j’entendais était celle de mes ancêtres. Qu’ils essayaient de me contacter depuis longtemps (peut-être n’avais-je pas été suffisamment au calme pour les écouter auparavant). Que je venais d’une longue lignée de guérisseurs. Que cette lignée avait été interrompue pendant l’Holocauste. Qu’ils voulaient que je reprenne le flambeau et poursuive le travail. Qu’ils avaient pléthore de dons et de pratiques spirituelles à partager avec moi.

Oh God. Une partie de moi s’est dit : « c’est la fin, je suis devenue folle, je ne vais plus jamais pouvoir parler avec personne, comment je vais annoncer ça à mes amis ? »

Et l’autre partie, mon instinct, s’est juste dit : « oui. Oui c’est vrai. »

J’ai été tiraillée longtemps entre ces deux pôles, la tête et les tripes, et j’essayais de comprendre. C’était terrifiant, comme de sauter d’une falaise dans un monde pour lequel ma culture n’avait même pas de mots. J’ai pris tout cela très à coeur et me suis plongée dans les recherches. J’ai lu, j’ai rencontré des personnes qui avaient des chemins et des expériences similaires. Mais surtout je m’allongeais par terre, tous les jours, pour pratiquer cette technique de connexion. Communiquer avec les ancêtres, visiter leurs histoires et leurs souvenirs, me laisser guider par quelque chose de totalement non-physique.

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Comment as-tu démarré ton projet ?

Finalement, après m’être beaucoup renseignée, je me suis sentie prête à pratiquer ce travail de guérison que j’apprenais. Mais vivant à New York, «pratiquer» ça voulait forcément dire «faire du business», et ça sonnait complètement faux. J’avais beaucoup de respect pour ces dons et je n’avais aucune envie d’en faire un commerce. Je comprenais le contexte dans lequel mes ancêtres avaient pratiqué, et le rôle qu’ils devaient avoir tenu dans une petite communauté.

C’est ce que je voulais. Etre une guérisseuse de village. 

Je voulais travailler avec des gens que je connaissais, et dont je connaissais aussi la famille et l’environnement immédiat. Faire en sorte que chacun joue son rôle et s’assurer que chacun ait suffisamment de légumes. Tout ça semblait si simple et si évident. J’avais toujours rêvé et parlé de vivre en communauté. Mais à New York, c’est très difficile : organiser un groupe, faire coïncider les géographies, trouver des fonds, être raccords sur le timing… Mes amis et moi abordions ce sujet depuis des années, mais chacun vieillissait et s’installait dans sa routine. Pour moi cela devenait urgent. 

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J’ai lancé ce projet au Costa Rica afin de créer l’environnement dans lequel je pourrais partager mes dons. Et je viens d’un milieu activiste où «personne n’est libre tant que tout le monde n’est pas libre». J’ai choisi un lieu qui offre suffisamment d’espace pour que d’autres puissent venir réaliser ce dont ils ont besoin. Beaucoup de gens sont venus ici. Grâce à cet espace et à cette liberté, ils ont contribué à définir ensemble la libération. L’un a démarré notre jardin et notre système de jardinage. Certains ont voulu réduire les déchets. D’autres ont demandé à disposer de moments de silence réguliers. Et l’espace s’est agrandi et transformé pour accueillir et contenir ses occupants.

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Intercambiamos, c’est quoi ?

Intercambiamos veut dire nous échangeons. J’aime aussi penser que cela veut dire ensemble nous changeons. Ensemble nous faisons changer les choses. 

L’idée c’est que si chacun agit depuis une situation d’abondance (abondance de créativité, de désir, et d’une énergie qui dépasse notre façon de concevoir l’argent ou les produits de base) : une communauté a ce qu’il faut pour vivre. J’ai suivi ce process de voir qu’est-ce qui fluait en moi naturellement, qu’est-ce qui voulait s’exprimer, et lorsque j’opère depuis cet état, j’ai beaucoup à donner.


Je voulais créer un environnement dans lequel les gens pourraient abandonner leurs obligations extérieures et leurs « je dois. » Où ils pourraient se reconnecter à leurs flux d’énergie vitale pour mieux utiliser leurs dons. Où ils pourraient expérimenter ce que c’est que de vivre en communauté, ce qu’ils aiment donner et recevoir, ce qu’ils ont envie de faire de leur temps, ce qui attire leur attention. Un espace pour développer cela, cette transition de la rareté et de l’obligation au choix et à la générosité. Et à partir de là, notre économie communautaire est en plein essor.

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Intercambiamos – Collage by Emer Mckeon

 

Est-ce que « learning from landscapes » signifie quelque chose pour toi –maintenant que tu vis dans la jungle?

Rien de tout cela n’a été facile. J’ai démarré avec zéro connaissance pratique sur comment vivre dans une ferme, comment construire une structure, comment réparer des fuites d’eau, comment faire pousser de la nourriture, ni même comment réagir aux commérages d’un petit village. Tout au long ça a été : apprendre en faisant. Et la Terre a été la meilleure professeur. Même si j’avais recherché pendant longtemps ailleurs, rien ne remplace le fait de connaitre de manière approfondie un petit morceau de la Terre. Ça implique de nouer une relation durable, et c’est lent. Il ne s’agit pas d’arriver avec une logique d’extraction : « qu’est-ce que tu peux m’apporter ? » Il faut prendre le temps de se montrer nue et authentique. Si ton attitude n’est pas honnête et sincère, la Terre te renverra et t’apprendras que tu peux essayer encore. Apprendre à écouter et à travailler de manière collaborative. Apprendre à comprendre des langages qui ne sont pas les nôtres. 

Les plantes parlent, les arbres parlent, l’eau parle. Il faut établir une relation avec eux et s’ouvrir à un futur qui sera totalement différent de celui que nous avions imaginé. 

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If you want to follow Allison’s adventures and thoughts, you can subscribe to her very hilarious and personal email-diary : intercambiamos@protonmail.com

 

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(Interview traduite de l’anglais par Olympe Rabaté)

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